Choc : Quand la presse fait le trottoir…

Ilan Halimi

Ilan Halimi

C’est avec une certaine forme de soulagement que j’ai appris que la justice, saisie en référé, avait décidé hier soir d’interdire la diffusion du dernier numéro du magazine « Choc » qui avait trouvé de bon goût de mettre à sa « une », une photo de Ilan Halimi montrant le jeune homme, pistolet sur la tempe, visage masqué par un scotch, poignets entravés, un quotidien posé sur le torse.

Ce genre de « sortie de route », plus ou moins contrôlé, de la part d’une certaine presse n’est pas nouvelle…

Photos volées d’un ancien Président de la République sur son lit de mort, de talibans posant avec comme trophées les équipements pillés sur les dépouilles de leurs victimes françaises…

Ce n’est pas la 1ère fois, loin s’en faut, que la ligne jaune est franchie, mais là, je trouve que le cas est particulièrement ignoble.

L’usage pour « faire du chiffre » d’une photo d’un jeune homme séquestré, torturé et qui va mourir est inacceptable.

Son utilisation à la « une » d’un magazine, c’est-à-dire, là ou cela fait le plus vendre, cette utilisation commerciale de la souffrance d’un innocent est intolérable.

Le fait que l’affaire soit récente, que le procès se déroule en ce moment, que les blessures de sa famille et de ses amis, blessures qui ne guériront jamais et qui sont encore ouvertes rendent cette publication plus triste encore.

Enfin, l’absence totale de remord, pour ne pas dire de conscience du principal accusé, l’antisémitisme primaire (à tous les sens du terme) qui a accompagné l’histoire de la séquestration d’Ilan Halimi rendent cette affaire tellement sordide qu’elle aurait à mon sens mérité un minimum de décence de la part de tous médias.

C’est ce qu’on fait la plupart d’entre eux. C’est ce que n’a pas su faire ce journal…

J’espère que, aujourd’hui et dans les jours qui viennent, la presse sera très majoritairement en phase avec la décision de justice qui a été rendue et ne cautionnera pas de tels débordements au nom d’une liberté qui ne devrait pas tout autoriser non plus.

Choc, un magazine de bon goût...
Un magazine de mauvais goût qui n’aurait jamais dû utiliser l’assassinat d’Ilan Halimi

Pour essayer de défendre ce journal, que l’on n’aille pas tenter d’intellectualiser ce qui n’est que le résultat d’une logique purement mercantile.

Intellectualiser est d’ailleurs un mot parfaitement inadapté à ce genre de publication…

Cela n’empêche pas le rédacteur en chef du mensuel, Paul Payan, de justifier ce choix éditorial en expliquant que « Ce n’est pas une photo pour une photo. On a eu en mains une photo beaucoup plus dure, on ne l’a pas publiée. Notre propos est de montrer que dès le début, la barbarie est là ».

A l’écouter il faudrait dire merci à choc d’avoir traité ce sujet avec décence et sérieux… Merci de n’avoir pas publié des images ou Ilan est torturé… A quoi aurions nous eu droit sans la grande conscience professionnelle et le sens de la mesure et de la dignité de ces « journalistes » ?

Par respect, pour la douleur de sa famille, pour le calvaire d’Ilan Halimi, je ne voulais pas écrire sur ce sujet, bien qu’il m’ait profondément touché. Pour autant, je ne pouvais pas ne pas réagir à cette « une » et à cette exploitation de la peine des autres. Alors, puisque cela est fait, je souhaite formuler le vœu, hélas peu réaliste, que ce type de drame ou les hommes ne se comportent plus comme des hommes ne se reproduisent plus.

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